Courir Léger - Episode 2 / Tout est dans la cadence !

Catherine s'était mise à courir il y a trois ans de ça. Une révélation, un bonheur. Puis elle s'est blessée, sérieusement, très sérieusement, remettant en question son équilibre de vie..,. C'était sans compter sur une rencontre allait inverser le cours des choses... Suite de l'Episode 1 

La somptueuse ville de Barcelone arriva à changer les idées de Catherine. Elle en oublia sa conversation de l’avion et ses pensées dépressives au sujet de la course à pied ne lui étaient plus revenus à l'esprit. C’est tout juste si elle avait eut un léger pincement au cœur en voyant les affiches et le balisage du marathon.

Après ce week-end, les semaines filèrent sans qu’elle ne s’en aperçoive. Elle ne pouvait toujours pas courir à cause de sa blessure et cela lui manquait toujours autant. Le mois de juin tirait sur sa fin et les vacances d’été arrivaient à grand pas. Comme chaque année, elle passerait le mois d'août dans la maison de famille du bassin d'Arcachon. Allait-elle pouvoir enfin recourir durant ses vacances ? Pourrait-elle retrouver le plaisir de courir ? Elle se dit qu'il fallait qu'elle agisse. Il lui restait tout le mois de juillet à passer à Paris. C'était peut être l'occasion d'apprendre à courir se dit-elle.

Elle sortit de son portefeuille le petit papier sur lequel elle avait griffonné dans l’avion l’email de l’ami qui avait aidé cette jeune femme à recourir. Elle se mit à son clavier « Bonjour, j'ai entendu dire que vous aidez à mieux courir. Accumulant les blessures à répétition, je serais très intéressée par vos conseils. Pensez-vous que cela soit possible ? Dans l'attente de vous lire, Cordialement, Catherine ». Elle envoya le message juste avant de se coucher, ayant comme l'impression d'avoir jeté une bouteille à la mer qui n'aboutirait peut être à rien.

Le lendemain matin, buvant son capuccino matinal, elle parcourait ses pages web favorites. Alors qu'elle était en train de lire l'un de ses blogs préférés qui décrivait les bienfaits du yoga combiné à la course à pied, elle entendit un furtif « bling » qui lui signalait l’arrivée d’un nouvel email. « Bonjour, merci de m’avoir contacté. Je serai très heureux de vous aider à mieux courir si je le peux. On peut se voir demain sur le stade Emile Anthoine à 18h. Cordialement. Marc ». Elle connaissait bien ce stade: il lui était arrivé d’y rejoindre un groupe de filles extrêmement sympathiques qui s’y entraînait tous les mercredis soir. « Merci de votre réponse. J'y serai. A demain. Catherine ».

Comme convenu, elle se présenta à 18 heures précises, à la fois anxieuse et curieuse, ne sachant absolument pas à quoi s'attendre. Quelques coureurs faisaient des tours de piste ; il y avait un garçon très athlétique qui s'époumonait à enchaîner les tours de piste aussi vite que possible. Elle remarqua qu'il portait des pointes d'athlétisme. Après chaque tour, il s'arrêtait à bout de souffle et regardait fébrilement son chrono. Ses chaussures avaient beau être très légères, sa foulée résonnait dans le stade. Après quelques secondes de repos, il repartait pour un autre tour de piste. Elle se dit qu'elle aimerait courir aussi bien que lui. Elle se posta timidement près de la ligne d'arrivée, en se disant que ce bel athlète devait certainement être Marc. Elle osa un léger sourire dans sa direction mais qui ne reçut aucune réponse. Le regard bleu ciel du coureur resta froid. « Zut ! Ce n'est sans doute pas lui » se dit-elle.

Dans un virage, au bord de la piste se trouvait un groupe d'une huitaine de personnes. Bien vite, le groupe se désagrégea. Un homme vint dans sa direction. « Bonjour, vous êtes peut être Catherine ? » « Oui, c'est moi ! Vous êtes Marc ? » L'homme était un trentenaire à l'allure sportive. Il devait avoir une dizaine d'années de moins que Catherine. Son regard était sympathique et généreux. « Dites-moi tout ! » lui répondit-il. Il s'ensuivit une longue discussion à bâtons rompus durant laquelle elle lui raconta ses péripéties de coureuses à pied, ses joies, ses désillusions. Marc lui prodigua des conseils en lui expliquant qu'il faudrait qu'elle les suive progressivement durant tout l'été et qu'il lui faudra bien les mois de juillet et août pour partir sur de bonnes bases à l'automne et reprendre des compétitions. Elle lui répondit que cela valait la peine d'être tentée.

La première consigne de Marc fut de courir tout en s'appliquant à faire un minimum de foulées par minute. « Vous n'avez qu'à courir en musique ; choisissez des musiques avec un tempo autour de 170 et ne vous préoccupez de rien d'autre durant votre première semaine de reprise de course à pied » lui dit-il. « On se revoit la semaine prochaine. » Elle acquiesça, ne sachant trop ce qu'il allait advenir de tout cela.

Le lendemain, elle partit courir le long de la Seine. Bigre. Comme c'était dur de recourir. Elle avait l'impression d'avoir 80 ans mais elle savait qu'en quelques séances, cette sensation d’essoufflement et de lourdeur disparaîtrait. Le fait de courir en musique la portait, surtout avec ce tempo rapide de 170. Se calant sur le rythme, sa foulée se raccourcit et devint plus tonique. Elle se sentait plus légère. Son cœur battait fort et vite.

Les 20 minutes de cette première sortie furent vite passées mais elle avait plutôt l'impression d'avoir couru un semi-marathon. Au moment d'éteindre son MP3, elle vit que la chanson suivante était « Runnin down a dream » de Tom Petty. Cela lui mit l'eau à la bouche pour la prochaine sortie qu'elle avait prévue le surlendemain, le temps que les courbatures d'aujourd'hui passent se dit-elle.

Le lendemain, au réveil, elle fut surprise ne pas être courbaturée autant qu'elle le craignait. « Tiens ! Je suis peut être un peu moins en méforme que je le pensais malgré mes trois mois d'arrêt en course à pied ». Elle se sentait presque assez en forme pour recourir le jour même. Une petite voix de sagesse lui rappela qu'il fallait être prudente. Et puis Marc lui avait bien parlé de progressivité.

Finalement durant cette première semaine, elle couru trois fois, allongeant de cinq minutes chaque sortie. Elle n'avait jamais couru sur un rythme de foulée aussi rapide, sauf évidemment quand elle faisait du fractionné avec son amie Sylvie la super coureuse au physique longiligne et à la taille si fine. Sylvie imprimait durant ces séances le rythme de sa belle et longue foulée laissant à ses amies coureuses pour seule et unique vue ses formes parfaitement galbées.

Catherine avait remarqué que ce tempo rapide lui faisait dorénavant raccourcir sa foulée. Elle lançait beaucoup moins la jambe devant elle. Un jour, Paul l'observa courir : il fut frappé par le fait qu'elle courait de manière plus rectiligne que par le passé : son bassin s’affaissait beaucoup moins à chaque foulée et sa ligne d'épaules aussi. Pour lui qui avait vu tant de coureurs à pied de tous les niveaux, ce genre de détails le frappait immédiatement. Il savait qu'une cadence plus rapide de foulée réduisait le temps de contact du pied au sol et limitait les impacts. Dès la fin de la première semaine, elle avait pris l'habitude de ce tempo et arrivait à courir sans s’essouffler. Cette première semaine de course à pied sous les conseils de Marc lui avait mis l'eau à la bouche. Elle avait hâte de continuer tout le mois de juillet.

Mais l'annonce que Paul, son mari, lui fit le soir même vint tout remettre en cause. « Catherine ! J'ai une surprise pour toi ! On part demain soir pour le Brésil ! »

(à suivre)

S. Séhel est l’auteur du livre « Courir Léger – Light Feet Running » (Ed. Thierry Souccar). Il anime chaque semaine à Paris des ateliers consacrés à la foulée médio-pied. Voir son site :www.lightfeetrunning.com